Lila la petite éléphante et la rivière des soucis
Au bord d'une large rivière qui coulait tout doucement, sous un ciel plein d'étoiles bien chaudes, une petite éléphante qui s'appelait Lila était encore tout éveillée. Autour d'elle, tout le troupeau s'installait pour dormir — mais dans la tête de Lila, ça ne voulait pas se taire.
« Et si demain j'étais trop lente au point d'eau ? » se tracassait-elle en se balançant d'une patte sur l'autre. « Et si je n'arrivais pas à attraper les feuilles tout en haut ? Et s'il pleuvait ? Et si, et si, et si ? » Chaque souci pesait lourd, comme un gros rondin tout mouillé qu'elle porterait sur son dos, et il y en avait tellement qu'elle tenait à peine debout.
Maman Éléphante arriva tout doucement à travers les hautes herbes et se tint tout près, chaude, immense et paisible. « Tu portes beaucoup de choses ce soir, mon tout-petit », dit-elle. « Je le vois bien. Viens avec moi jusqu'à la rivière. »
Elles marchèrent ensemble jusqu'au bord de l'eau, là où la rivière glissait, lente et argentée sous la lune.
« Maintenant », dit Maman Éléphante, « dis-moi un souci. Un seul. »
« Et si j'étais trop lente demain ? » chuchota Lila.
« Très bien. Maintenant, soulève-le avec ta trompe — et dépose-le ici, sur la rive, là où il pourra attendre. » Alors Lila enroula sa petite trompe, souleva le souci tout lourd, et le posa tout doucement sur la berge molle, au bord de l'eau. Et de le laisser là, elle se sentit plus légère.
L'un après l'autre, elles déposèrent les soucis. Les feuilles tout en haut — posées sur la rive. La pluie — posée sur la rive. Chaque « et si » tout lourd, soulevé et déposé au bord de la rivière tranquille, à attendre le matin.
« Tes soucis ne s'en vont nulle part », dit Maman Éléphante avec douceur. « Ils vont attendre ici, bien sagement. Et au matin, dans la lumière du jour, la plupart auront l'air bien plus petits — assez petits pour que tu les enjambes d'un pas. Mais la nuit n'est pas faite pour les porter. La nuit est faite pour se reposer. »
Le dos de Lila était léger, à présent. Ses yeux lourds devinrent tout doux. Elle s'appuya contre le flanc gris et chaud de sa maman et sentit le battement lent et profond de son cœur.
« Bonne nuit, ma petite Lila », fredonna Maman Éléphante, d'une voix grave et chaude. « Pose tout ça. Je suis là. »
Et la petite éléphante, ses soucis bien à l'abri près de la rivière jusqu'au matin, souffla lentement, souffla plus lentement encore, et s'endormit tout doucement sous le ciel chaud et étoilé.